C’est peut-être triste, c’est certainement dommage, comme des larmes qui restent fixées à des yeux sans jamais couler le long des joues. C’est inévitablement plus triste encore, comme des larmes
dévalant cette piste en relief, pour s’arrêter à la commissure des lèvres et laisser un goût salé sur celles-ci. Comme ce goût salé perpétuellement présent depuis des années, pour rien en somme.
Ce doit être triste comme d’avoir aimé quelque un qui n’existait pas. Plus triste encore que d’avoir aimé quelque un qui serait mort, parce que l’on parle tout simplement d’une personne qui n’aurait jamais eu le droit au privilège de la naissance.
C’est plus triste que tout, d’avoir aimé un rêve pendant deux longues années. Aimer l’inexistence du rêve, revient à vivre un cauchemar bien réel.
Et puis un jour, fatalement et heureusement, on se réveille. Un jour, dans un sursaut de lucidité, on se rend compte que l’on a largement assez dormis. On se rend compte que l’on a perdus assez de temps, qu’il faut recommencer à vivre. Qu’il faut réapprendre à mettre un pied devant l’autre, sans se casser la gueule, sans se protéger en se mettant en élévation perpétuelle vis-à-vis du sol.
Comme une fleur au printemps, on se réveille doucement, sauf qu’il nous faut le milieu de la nuit, pour le faire à nous. Parce que quoi que l’on en dise, on a encore peur du jour, quoi qu’on en dise, on n’y était plus tellement habitué. Alors on se réveille au beau milieu de la nuit, dans un lit froid, dans lequel stagne une odeur d’homme que l’on ne reconnaît plus. Alors, assise entre les draps, on allume une cigarette que l’on savoure, comme si elle était la première à être réellement agréable à sentir se consumer Que l’on savoure, de crainte qu’elle soit la dernière.
Alors que, ça fait combien de temps que l’on paye sa propre mort? Ça fait combien de temps que, régulièrement au cour des vingt-quatre heures d’une journée, on en savoure les cinq minutes d’avant goût, comme un bien précieux que l’on aurait payé le prix fort? Comme si c’était encore la dernière chose sur laquelle, étrangement, on ai notre mot à dire…
Parce qu’il faut se le dire, il est important de se l’avouer, on ne dit plus notre mot sur grand-chose, rares sont les phrases ou l’on s’exprime encore. Les mots sont galvaudés, notre langue n’est plus rien. Rares sont els jours qui ne s’écoulent pas en vain.
Et s’il reste encore une décision , en laquelle on a encore un minimum le monopole, c’est bien celle du prix de notre mort. Pour l’heure elle nous coûte cinq à dix euro par jour de volutes, et bien plus encore de gorgés brûlante que l’on sent couler dans nos corps, pour l’heure nous sommes encore jeunes. Pourquoi n’en profiterions nous pas? Payons notre mort sur l’inexistence de la vie. Il est bien valorisant de trouver encore, un quelconque pouvoir au simple fait d’être, aussi moindre soit-il.
Alors, on la savoure cette cigarette du beau milieu de la nuit, cette cigarette de la révélation, qui vient à une heure que l’on a pas même pris le temps de regarder. Qui vient à l’heure qui deviendra la nouvelle heure bleue. Peut-être était-il temps de la varier. C’est le « dérèglement de tous les sens » Rimbaldien, par les émotions Cerfiennes.
C’est à ce moment là, au moment où le filtre commence à nous brûler les lèvres, et que l’on en veut encore, que l’on se rend compte que l’on « continuera à vivre d’irréel », avec d’autres artifices simplement. On se contentera de changer de parfum, parce que cette odeur que l’on ne reconnaîtra plus dans le fond du lit, ne sera autre que la notre.
"Combien tu vends ta liberté? Dis, combien tu vends la poésie? Moi j'ai même vendu mon âme au diable"
J'ai allégé la page de quelques vingt-six articles, et de, Dieu seul sait combien de "textes". J'ai allégé cette page sur un coup de tête. Apparemment je ne sais plus fonctionner qu'à ça. Sur un
coup de tête j'ai supprimé les vingts six articles que j'avais consacré à une personne uniquement.
Je ne l'ai pas fait pour lui prouver quoi que ce soit, je ne l'ai pas fait pour prouver quoi que ce soit à mes quelques lecteurs, non, je l'ai fait pour moi même. Parce que je me suis rendue
compte que ces articles ne voulaient rien dire, strictement rien. D'une part, ils étaient mauvais au sens artistique du terme, mais pas seulement (car, si je ne m'en tenais qu'à ça, il n'y aurait
tout simplement pas de page), mais en plus ils étaient mauvais parce qu'ils décrivaient quelque chose de totalement sur-joué. Quelque chose d'inexistant finalement.
J'ai supprimé tout ça, comme on ferme un livre, et on en commence un autre. Par obligation envers moi même.
Mais il y a des nuits comme celle-là, où l'on a pas la force de rentrer chez soi.
"On peut continuer comme ça longtemps ou fermer sa gueule à propos de la vie, la chose est inqualifiable, le mieux à faire est d'en tomber folle au premier regard,
c'est tout ce qui ne souffre pas d'argumentation.
Je regardais la vie dormir, la vie et son souffle doux qui tue dans un éclat de rire."
J'ai tendance à accorder plus d'importance à ceux qui font de l'art avec leur vie qu'à ceux qui font de l'art, leur vie
Et que par malheur j'eusse été allemand
Mais que par bonheur j'eusse été près de vous, nous aurions parlé d'amour de façon imprécise
Presque toujours en français.
Comme foutre sa vie en l'air avant que les autres ne le fassent pour nous. Comme décider d'être malheureux, avant de ne pas avoir le choix. Comme une lutte contre cette passivité qui s'installe.
Une façon de crier: "Je suis jeune et actif, je bousille ma vie, certes, mais c'est un choix, et je le fais seul!". Comme une façon de dire au président que pour faire une génération d'attardés,
on avait pas besoin de lui.
On cultive les rendez-vous manqués, comme si c'était notre relation à nous. Notre bien-être personnel.
Je ne te hais point, je te deteste.
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